mercredi 22 mai 2013

De la nécessité d’une dimension de paritarisme pour déconfiner la réflexion sur les intances représentatives du périmètre ESR Paris Saclay



22/05/2013   Intervention de  Denis Jouan (élu de la liste « résistance » au CA de la FCS) à l’assemblée generale de la fondation de coopération scientifique Paris Saclay

Depuis le début de son installation, le système FCS-IDEX  est perçu partiellement, et c'est à juste titre,  comme un cheval de Troie de la destruction du service public d'enseignement supérieur et de recherche, bien que par ailleurs et depuis longtemps il soit souhaité que une meilleure articulation entre établissements ESR soit recherchée, au niveau local, national, et  notamment dans une perspective internationale telle que l'espace européen de la recherche. 

   Cette situation vient à la fois d'un état de fait, boycott par les organisations représentatives des personnels d'un coté, démarche volontariste dans l'urgence coté ministériel, et du couplage avec une certaine dose d'idéologie néolibérale.   Que ce soit dans le cadre  d'un nouveau départ à partir de zéro, qui est en gros la demande de nombreuses organisations représentatives,  ou dans une réorientation qui était en principe prévue par le nouveau gouvernement mais qui reste difficile à percevoir,   on doit  se demander comment réorienter le projet dans une direction acceptable, ce qui revient à dire:  quels sont les dysfonctionnements ? 

  Un élément  de toxicité du projet tient dans les questions de gouvernance et de représentation des personnels.

Les questions de gouvernance ont avant tout été posées pour ce qui concerne les relations inter institutions, et, notamment à cause du contexte, mais aussi parce que c'est compliqué, les questions de représentation du personnel ont été ignorées.  Des le départ de la création de la fcs, des modalités ont été intégrées dans le règlement intérieur alors que les représentants du personnel statutaires n'étaient même pas désignés.

  Dans la loi pacte pour la recherche,  il n’a finalement pas été sans conséquence que l’on parle de représentants du personnel pour les FCS ou pour les EPCS, sans spécifier d'avantage.

   Ce flou était probablement pensé pour permette une large concertation, mais en fait la tendance a été vers le plus simple, et les représentants du personnel ont eu tendance à se transformer en représentants des institutions, des laboratoires,  nommés par les directions nationales ou locales.  Ce  qui est certainement un contresens, même dans la loi pacte.    Ce risque de  contresens  a d'ailleurs été souligné  aussi par la direction du CNRS à l'occasion du texte concernant le sénat académique.   On a d'ailleurs essayé d'aller plus loin concernant le représentant du personnel dans le comité de vie, pour le personnel CNRS, mais pour le moment la situation de boycott n'a pas permis d'aller au bout du processus.  Cependant au moins une discussion a eu lieu, dans un processus paritaire.
  Ces questions de définition, c'est à dire de risque d'arbitraire, sont aussi présents comme c'est prévisible dans les questions d'élection.   En considérant  que ces questions de représentation et de gestion de système de désignation sont des questions purement administrative ou  techniques, on  biaise la représentation vers une représentation institutionnelle.  On a pu le voir dans le cas des élections au sénat académique,  où les organisateurs ne comprenaient pas de parité représentative des personnels mais   pouvaient  aussi être des participants et donc pas neutres, ce qui  a  probablement  contribué  à l'épisode du rappel à l'ordre des non votants par la commission électorale, qui dans un contexte de boycott avait des allures de provocation et de partialité, et fera probablement l'objet d'un recours. 

  Lors de la visite de l'intersyndicale le président a rappelé que l'action de la fcs se plaçait dans le cadre d'une  loi préexistante.   Mais en d'autres occasions on peut aussi entendre que la loi se fait aussi en interne, et en particulier en ce qui concerne la gouvernance et les instances, et c'est pleinement le cas pour le règlement intérieur,  et on parle même maintenant du règlement intérieur de la future université paris saclay. Si cela peut sembler confortable  il y a aussi un fort risque de dérive.   S'il est bon d'être réactifs, en particulier en recherche,   le service public ne doit pas être le lieu de l'arbitraire, et c'est en particulier incompatible avec l'idée de  démocratie interne.

Depuis le début, la question du règlement intérieur est récurrente.    Il y a clairement un manque d'équilibre paritaire dans ces discussions, et pas de protection contre les dérives locales. 
Dans le texte cherchant à justifier les modalités de vote pour le sénat académique il est dit en substance "nous n'avons pas à respecter le code de la recherche et de l'enseignement supérieur",  ni le code du travail ....   certes l'expression a dépassé l'intention probablement, ce qui peut etre une illustration des dangers du principe de précaution.    Car en fait, alors qu'un ajout à la loi adnot dit



Article 6

L’article L. 344-11 du code de la recherche est ainsi rédigé :

« Art. L. 344-11. – Plusieurs établissements ou organismes publics ou privés, parmi lesquels au moins un établissement public de recherche ou d’enseignement supérieur, peuvent constituer une fondation de coopération scientifique dans l’objectif de conduire, selon leur composition, une ou des activités mentionnées aux articles L. 112-1 du présent code et L. 123-3 du code de l’éducation.

« Les fondations de coopération scientifique sont des personnes morales de droit privé à but non lucratif soumises aux règles relatives aux fondations reconnues d’utilité publique dans les conditions fixées notamment par la loi n° 87-571 du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat, sous réserve des dispositions de la présente section. »

Ce qui se réfère à :

code de la recherche article L112 -1

La recherche publique a pour objectifs :

a) Le développement et le progrès de la recherche dans tous les domaines de la connaissance ;

b) La valorisation des résultats de la recherche ;

c) Le partage et la diffusion des connaissances scientifiques ;

c bis) Le développement d'une capacité d'expertise ;

d) La formation à la recherche et par la recherche.

code de l'éducation article 123-3 

Les missions du service public de l'enseignement supérieur sont :

1° La formation initiale et continue ;

2° La recherche scientifique et technologique, la diffusion et la valorisation de ses résultats ;

3° L'orientation et l'insertion professionnelle ;

4° La diffusion de la culture et l'information scientifique et technique ;

5° La participation à la construction de l'Espace européen de l'enseignement supérieur et de la recherche ;

6° La coopération internationale.

donc en fait   par cet article, on donne à une structure privée potentiellement toutes les missions des établissements publics ESR .     Outre cette aberration de fond,  c'est un processus destructeur d'équilibre parce qu'il transfère les missions sans transférer  les autres spécificités.   Une de ces spécificités c'est d'ailleurs la démocratisation interne dans la fonction publique. 

Sur le fond, on voit bien qu'il est problématique de  dire "je peux exercer les missions de service public ESR, mais je n'ai pas a respecter les codes correspondants "   c'est forcément une analyse   trop courte !  effectivement une structure de fondation n'a jamais été prévue pour exercer ces missions des établissements publics ESR ,    la loi a visiblement été bricolée et bâclée dans précipitation. La question du fonctionnement inter établissement ESR au niveau local reste une question qu'il faut résoudre, elle reste pendante.  Et la réponse du type "le statut batard actuel de la loi nous permet de prendre toute décision arbitraire au niveau local" ne serait pas adaptée.  

Le fonctionnement actuel ne peut donc être considéré comme une solution satisfaisante par rapport au code de la recherche et de l'éducation.  En particulier concernant les aspects représentatifs.

Il est essentiel de trouver une réponse  concernant
  - le règlement intérieur, comme pour   les statuts qui  doivent faire l’objet d’un décret
  -  les précisions sur les mécanismes électoraux, toutes les questions de représentativité.
pour éviter les dérives du localisme et du confinement , ll faut trouver des mécanismes permettant
1)  d'avoir une réflexion paritaire sur les questions de représentativités
2)   des mécanismes de validation éventuelle par des instances représentatives nationales  ESR

  Il ne s'agit pas d'une question technique juridique ou administrative, mais plus d'une question de type comité technique paritaire ministériel ou CNESER, une question de dialogue social et de liberté académique.    C'est dans l'ignorance de cette dimension paritaire  que se situe un  déphasage qu'il faut  traiter.
    
A noter que dans le scenario actuel discrètement incrusté de façon sous jacente  dans l'accord de consortium,  on est au contraire dans la perpétuation du fonctionnement discrétionnaire et non paritaire.  En effet,  un petit paragraphe gouvernance de l'accord ne décrit d'ailleurs  pas vraiment  la gouvernance,  mais renvoie à un appendice de la convention, qui en fait lui même donne un rôle très central au bureau du comité idex, c'est à dire à la direction  idex au sein de la fondation.

Par petites touches, sous prétexte d'efficacité on transforme un fonctionnement de service public en un système plus opaque, confiné,  de type privé, moins compatible avec les libertés académiques.  C'est cela qu'il faudrait un jour commencer à corriger, et pour le moment aucun indice ne montre que le processus en cours commence à  intégrer cette nouvelle dimension, y compris ce qui se met en place pour préparer l'université Paris Saclay.